|
|
.: Biographie :.
Né le 26 Avril 1915 dans la plantation de canne à sucre de Petit-Morne à Rivière-Salée, Martinique.
Père cocher et mère aussitôt requise d'allaiter successivement deux enfants de monsieur et madame Des Grottes, Propriétaires de la plantation.
Il est confié à sa grand'mère maternelle, elle même travailleuse de la plantation.
Lorsqu'il eût atteint l'âge de cinq ans, sa grand'mère, qui ne savait pas lire et écrire, de ne s'être jamais assise sur un banc d'école ! tout en y gardant son rôle de sarcleuse de mauvaise herbe, quitte la plantation et la case qu'elle occupait gratuitement pour louer une chambre à Petit-Bourg, où se trouvait l'école. De Petit-Bourg, elle pouvait se rendre à son travail tous les matins et rentrer le soir. A pied, naturellement.
Joseph grandissait. Aimait l'école par dessus tout, avait beaucoup de camarades de jeux, et l'environnement n'avait pas beaucoup changé.
Il fait sa première communion à 10 ans.
Le Certificat d'Etudes Primaires à 13 ans.
Sa maîtresse d'école, Madame Joinville Saint-Prix, ses instituteurs Mr. Jules Lucrèce, Mr. Georges Eudaric et Mr. Stéphen Rose sont les personnes les plus propres, les plus agréables à regarder et à entendre parler, les plus distinguées, les plus instruites qu'il ait jamais vues de près.
Sur les conseils et avec les encouragements de Mr. Rose, il se présente au concours de b, et cette réussite aussi chichement récompensée va le jeter - et avec lui sa mère et sa grand'mère - dans un démêlé administratif et pécuniaire des plus traumatisants. Il ne pourra bénéficier de ce quart de bourse et entrer au Lycée Schoelcher à Fort-de-France qu'en versant tous les trimestres une somme qui représente les trois quarts de ce qu'il lui manque pour entrer au lycée comme externe. Et même à ce prix, le problème restera entier puisqu'il y manquera encore les moyens pour se loger et se nourrir à Fort-de-France.
De surcroît, entre-temps, sa mère a mis au monde un second garçon dont la garde incombe naturellement à man'Tine sa grand'mère. Mais les deux femmes prennent à cœur de relever le défi que le sort et la pauvreté leur jettent. Grâce à l'aide d'une amie de sa grand'mère, elle aussi domestique à Fort-de-France, Joseph, avec la nostalgie de sa vieille école de Petit-Bourg, entre au lycée Schoelcher parmi les fils des petits bourgeois de la Capitale et de tous le pays.
Aucun goût pour les matières auquelles il est confronté.
Sauf l'anglais peut être. Mais la physique-chimie le rebuterait plutôt. L'histoire naturelle l'interesserait bien si ce n'était pas enseigné d'une façon abstraite qui l'empêche d'y mordre. Quant à l'histoire-géo, il se demande comment un homme peut-il parler si longuement sans tomber de fatigue, à des gens qui visiblement ne semblent pas entendre ou comprendre un mot de ce qu'il dit ainsi, tel un robinet que l'on n'a eu l'idée de ne pas fermer pour - justement pour l'empêcher de parler.
Le français, les rédactions, les dissertations, l'explication de texte, il aimerait bien s'y adonner si le professeur y prenait plaisir et le lui faisait sentir, comme s'était le cas pour l'algèbre et la géométrie avec un professeur qui y allait d'une passion que l'on ne pouvait ne pas prendre en compte pour au moins apprendre ses leçons par cœur.
Pourtant jamais redoublé une classe ; et la satisfaction d'obtenir en entrant en 4éme B, un complément portant son quart de bourse à une bourse entière d'étude -et une demi -bourse " d'entretien ". La gratuité de l 'enseignement et une allocation mensuelle de soixante quinze francs.
En 3éme B, un professeur d'anglais, M. Louis-Achille, dont l'enseignement ranime littéralement son goût pour l'anglais. Le professeur apprécie les dispositions dont Joseph fait preuve en 2e, en 1e, jusqu'en philo. En espagnol, au contraire, c'est le laxisme et la rigolade avec un professeur qui fait toujours l'impression de raconter des histoires drôles.
Et le traumatisme qu'il garde de l'affront que lui a fait le professeur de français en l'accusant d'avoir " copié quelque part " une narration dans laquelle il était si fier d'avoir investi le meilleur de ses possibilités et de lui même, pourissait en lui comme le fruit d'un arbre qu'il ne planterait jamais dans son jardin.
En 2e, et en 1e, un nouveau professeur, que toute la classe aimait entendre clamer son arogance qu'il était " parisien de Paris " sembler avoir l'art de faire aimer tout ce qu'il enseignait. En premier lieu, les auteurs au programme. Que s'était beau quant il lisait Phèdre ou déclamait du Victor Hugo ou du Verlaine.
1934-Baccalauréat, 1er partie
1936-Baccalauréat, 2é partie, philo
La Martinique sous la houlette de son gouverneur très officiellement et très joyeusement célèbre le tricentenaire de son attachement à la France.
La plupart des bacheliers de sa promotion, fils de Martiniquais nantis- et certains avec une bourse de la colonie- ont quitté le pays pour aller continuer leurs études dans une université métropolitaine.
Le Maire de sa commune lui avait conseillé d'écrire pour demander une bourse pour aller apprendre l'architecture. De l'architecture pour quoi faire ?
N'y avait il pas des ingénieurs des Travaux Publics qui jusqu'alors avaient édifié les villes du pays, et qui fournissaient aux acquéreurs de terrains à bâtir des plans pour faire bâtir des adaptations de " villas de banlieue " dans les nouveaux lotissements ?
Ceux dont les parents n'ont pas les moyens de leur payer 3 à 5 ans des études en France restaient au pays, à l'affût d'un concours administratif (les PTT, les douanes, les contibutions) et lui, c'est dans les ponts et chaussées qu'il a la chance de décrocher un petit emploi " à titre précaire et révocables " de Secrétaire comptable à la subdivision du Diamant, auprès d'un ingénieur, Chef de subdivision, chargé de l'entretien des routes du Canton.
Pratiquement il pour tâche de recopier, à la main, en quatre exemplaires, les marchés ainsi que les rapports de l'ingénieur, et de remplir les imprimés nécessaires à la paie des agents et du personnel travaillant sur les routes.
Les grandes vacances, à cette époque, déjà amenaient au Diamant un afflux de gens amoureux du rocher et des belles plages de sable blanc qui soulignent la baie, et c'est vers la fin du mois de septembre que Joseph reçut, et avec quelle émotion ! le télégramme qui lui proposait un emploi d'Aspirant répétiteur au Lycée Schoelcher. Le nouveau Lycee Schoelcher dont la mise en chantier avait commencé pendant les fêtes du " tricentenaire du rattachement " M. Louis Achille devenu " le premier Proviseur noir à la Martinique, s'était souvenu de son élève et avait honoré la candidature de Zobel.
Deux semaines plus tard, Joseph, sa grand-mère et son frère qui vivait avec lui depuis qu'il avait pris sa fonction de secrétaire comptable, quittent le Diamant pour Fort-de-France.
La première année il est surveillant d'externat.
La deuxième année, le Censeur qui l'a connu quant il était élève à l'ancien Lycée, le détache au bureau du Proviseur pour tenir les dossiers des élèves, en coopération avec la secrétaire.
L'année suivante la guerre éclate, on la voyait venir au demeurant.
La vie a changé à Fort-de-France. Il y a des gens qui arrivent de France. La mobilisation remplit la ville d'hommes en uniforme. Les campagnards, les marins pêcheurs sont dans des casernes où on les prépare pour le " premier convoi " dont le départ est imminent.
La défaite, l'occupation du territoire français, des émotions nouvelles.
A la radio , une voie affirmative et exhaltante : de Gaulle.
A la Martinique , l'autorité, la force et la loi sont détenues par l'Amiral Robert soutenu par les forces armées, les Blancs du pays, et une minorité de " gens de couleur " qui par crainte des représailles ou opportunisme, arborent l'insigne de la " Légion "
Des Martiniquais commencent aussitôt à deserter le pays pour rejoindre secrétement, par le Canal de Saint-Lucie et le canal de la Dominique, les colonies britaniques d'où ils vont rejoindre les unités de la France combattante.
C'est à cette époque que le besoin de s'exprimer se fait sentir le plus en lui. L'isolement où il s'est réfugié favorise son goût pour la lecture et il se prend à regretter de ne trouver dans les livres rien qui reflête la vie des gens parmi lesquels il vit. Il déplore surtout, que les Martiniquais qui ont publié des livres ne se soient pas réferer à la vie de la Martinique, celle qu'il connaît et que lui vaut son identité Martiniquaise. Rien de comparable à ce que dénoncent ou relatent simplement les écrivains noirs des Etats-Unis d'Amérique. N'avons nous pas aussi une façon de dire nos souffrances et nos joies- et ce que nous n'aimons point, et ce que nous espérons ?
Mais il lui semblat que c'était comme si ces écrivains martiniquais n'étaient pas certains de ne pas manquer au respect qu'i devait à la littérature française qu'ils osaient utiliser leur plume pour raconter des choses qui ne témoignaient pas de la resemblance exacte de " l'élite " martiniquaise avec la bourgeoisie de la métropole. L'école était engagée sur la voie de l'assimilation.
Joseph se promet de faire la démonstration de ce qu'il aimerait lire plus tard-quand il sera à la retraite peut-être.
Plus tard, quand la guerre sera finie et qu'il aura été en France ;
En attendant, il écrivait des nouvelles, des contes, des récits, des chroniques qui avaient valu au " sportif " de devenir un journal électique très prisé ., et le consolait de n'être pas le peintre ou le sculpteur- et le musicien dont il était agréable de sentir la présence en lui quelques fois.
Les plus belles pages écrites dans cette période seront publiées dans le livre " Laghia de la Mort " que Présence Africaine vient de rééditer.
C'est Aimé Césaire qui, en le remerciant un jour pour les articles qu'il écrivait (toujours dans le " sportif " pour saluer chaque N° de la revue " tropiques ", lui dit : " tu devrais écrire un roman ". (" tropiques " avait été fondé par Aimé Césaire, René Ménil, Etienne Léro, Gilbert Gratian, Suzanne Césaire, Lucie Thésé.)
Quelques semaines plus tard, il avait terminé la première mouture de " Diab-là " que le " sportif " aurait tout naturellement publié en feuilletons si le quota de papier qui lui était attribué le permettait- et si la censure, par la bouche de son Directeur ne l'avait interdit.
Motif : livre subversif, contestataire et provocateur. Navré de ne pas pouvoir publier son livre, mais en même temps content d'avoir défié l'autorité, Zobel range son manuscrit.
L'espoir revint avec les nouvelles qui révellaient jours après jours que les nazis étaient en passe de perdre la guerre, à Fort-de-France, les Vichistes les plus fervents, qui au regard de la population faisaient plutôt figure de conquérents avaient beaucoup perdu de leur morgue et de leur arrogance. Les rumeurs circulaient. Un beau jour la Martinique se réveilla en clamant son adhésion à la France combattante : un gouverneur gaulliste, Georges Louis Ponton, avec les membres de son cabinet et de son état-major était déjà en place sans qu'une goutte de sang n'ait été versé, sans qu'un coup de feu n'ait été tiré :
Dans la semaine qui suivait, Joseph zobel est invité à un dinner donné par le gouverneur en honneur d'un groupe d'universitaires et d'artistes qui avaient été se réfugier aux USA et rentraient en France (Gustave Cohen et Etiemble entre autres), avec toute l'équipe de la revue " tropiques " ; et le lendemain le gouverneur le convoque et lui fait part de son intention de la nommer comme attaché de presse à son cabinet.
" Diab-Là " fait l'objet d 'une première publication par l'Imprimerie officielle, Joseph Zobel entre dans ses fonctions d'attaché de presse, le gouverneur lui confie les grandes lignes de l'action culturelle qu'il doit exercer au moyen de la revue trimestrielle " Antilla " que fonde le gouverneur et la " semaine martiniquaise " ; en poursuivant sa formation professionnelle auprés d'André Kaminker, le nouveau Directeur du service d'information.
Mais un autre matin de l'année 1945, Fort-de-France et la Martinique se réveillent sous un drapeau en berne, et dans la rumeur du suicide du gouverneur Ponton. Son sucesseur, arrivé peu après ne tardera pas à faire comprendre que la culture ne sera aucunement l'objectif de son action.
Joseph Zobel retourne à son administration d'origine. Il reprend du service au Lycée , ou plus exactement à l'Ecole des Arts qui a été créée entre temps. Comme les relations de la Martinique avec la France métropolitaine sont en voie d'être rétablies, et puisque son ancienneté dans l 'Administration lui en donne le droit, il demande un " congé Administratif " pour aller connaître la France, rencontrer des écrivains, étudier à l'Université.
En décembre 1946, Joseph Zobel quitte la Martinique par le S/S Colombie.
En 1947, il est professeur adjoint au Collège François Premier de Fontainebleau et commence à écrire " La rue Cases Nègres ", qu'il termine en 1949.
Les éditeurs auquels il présente son manuscrit -Julliard, Albin Michel, La table Ronde- n'en veulent pas pour des motifs divers : pas de public pour un tel ouvrage, trop progressiste, style entâché de créolismes.
Publié finalement par les Editions Jean Froissard, obtient le " prix des lecteurs ", octobre 1950, décerné par un jury composé de mille lecteurs de la " Gazette des lettres ".
En 1957, quitte la France et part au Sénégal à la suggestion de Léopold S. Senghor. La Casamance, le Lycée Van Vollenhoven à Dakar. Il participe, à divers postes, au développement de l'enseignement. Quelques anecdotes de sa vie dakaroise sont relatées dans le recueil " Et si la mer n'était pas bleue. "
1960, Indépendance du Sénégal, Il est détaché au Ministère de l'information pour créer, organiser et diriger les services culturels de la Radio. Prend une part très active à la préparation de leur festival des Arts Nègres.
En 1976, rentre en France, s'installe dans un mas dans le gard, près d'Alès, s'adonne au jardinage et à l'Art floral japonais, à la peinture, à la poterie auprés de son fils propriétaire de la poterie " les Cyclades " et fondateur de la poterie de la " Madeleine " dont la prestigieuse renommée redonne au canton une renommée qui a vite dépassée les limites de l'hexagone.
C'est là qu'il a composé " d'Amour et de Silence " un livre d'Art dont le contenu fait suite à " la rue Cases Nègres " et qui témoigne en même temps de la place que la poésie, le dessin et l'esthétique ont prise dans sa vie .
Joseph Zobel,
Le nom d'un écrivain dont l'ouvrage le plus connu " La rue Cases Nègres " a donné son titre à un film auquel a été decerné un Lion d'Argent à la biennale de Venise en 1980 mais aussi l'auteur de plusieurs autres ouvrages :
|